Louange à Allah … 

Avant de parler de la série des histoires des prophètes, j’aimerais faire une petite introduction pour clarifier la raison pour laquelle j’ai choisi d’évoquer ce passé qui date de plus de trois mille ans. En fait, il faut rappeler que le tiers du Coran et un bon nombre de ses versets portent sur les histoires des prophètes. Ceci nous conduit à nous interroger : pourquoi tant de versets ont pour sujet les histoires des prophètes quel en est l’objectif? Et c’est dans cette introduction que je chercherai à énumérer ces buts.

1- Ces histoires ont pour but de raffermir les croyants : « Et tout ce que Nous te racontons des récits des messagers, c’est pour en raffermir ton cœur. Et de ceux-ci t’est venue la vérité ainsi qu’une exhortation et un rappel aux croyants » (TSC[1], Hoûd : 120). Le premier objectif est donc celui de raffermir et de consolider les croyants. 

A titre d’exemple, lors des difficultés ou des catastrophes qui nous arrivent souvent, une histoire comme celle du prophète Ayoub ‘Job’ pourrait être soulageante. Le Coran nous rapporte l’histoire de sa patience et de sa persistance face aux maladies et face au décès de son fils en disant –ce qui peut être traduit comme : « Et rappelle-toi Job, Notre serviteur, lorsqu’il appela son Seigneur : ‘Le Diable m’a infligé détresse et souffrance’ » (TSC, Sâd : 41).

La parole du prophète Ya’qoub ‘Jacob’ dans le verset Coranique –ce qui peut être traduit comme : «… Oh ! belle patience. Il se peut qu’Allah me les ramènera tous les deux. Car c’est Lui l’Omniscient, le Sage » (TSC, Yoûsouf : 83) nous montre de même un exemple de patience face à la perte des fils.

L’histoire du prophète Yûssuf est aussi un bon guide pour les jeunes qui se heurtent quotidiennement aux vices, tentations, péchés, désirs et photos amorales. Le prophète Yoûsouf dit lors de la tentation de la femme du ‘Azîze[2] –ce qui peut être traduit comme : « …Qu’Allah me protège ! C’est mon maître qui m’a accordé un bon asile… » (TSC, Yoûsouf : 23) ou encore lors de la tentation des autres femmes de la ville –ce qui peut être traduit comme : « … Ô Mon Seigneur, la prison m’est préférable à ce à quoi elles m’invitent …» (TSC, Yoûsouf : 33).

Parfois, beaucoup d’entre nous éprouvent du mal à cesser de commettre un péché qu’ils ont peut-être eu l’habitude de commettre. Les jeunes, par exemple, qui lient connaissance avec des jeunes filles hors du cadre du mariage, sont invités à lire l’histoire du prophète Ibrahim ‘Abraham’. Ce prophète reçut un ordre de sacrifier son fils et malgré la difficulté de cet ordre il s’y soumit. Comment oseraient-ils désobéir à Dieu en apprenant qu’Abraham se soumit à Son ordre de sacrifier son fils ? 

2- Le deuxième objectif de ces histoires est de nous instruire et de nous donner des leçons : « Dans leurs récits il y a certes une leçon pour les gens doués d’intelligence. Ce n’est point là un récit fabriqué. C’est au contraire la confirmation de ce qui existait déjà avant lui, un exposé détaillé de toute chose, un guide et une miséricorde pour des gens qui croient » (TSC, Yoûsouf : 111). Afin d’instruire et d’éduquer nos enfants et afin de purifier nos cœurs mais aussi afin d’apprendre comment confronter les difficultés de la vie, il nous est indispensable d’éclairer ce passer lointain. Ibn Al-Qayyem disait : le besoin en les prophètes dépasse, dans l’importance, celui de l’âme pour son récipient, celui de l’œil pour sa lumière et l’âme pour son corps. Il expliquait cette affirmation en disant que c’est grâce aux prophètes que nous sommes parvenus à connaître Allah (Exalté soit-Il). Il utilise également ces versets pour confirmer ce qu’il dit –ce qui peut être traduit comme : « Et c’est ainsi que Nous t’avons révélé un esprit [Le Coran][3] provenant de Notre ordre. Tu n’avais aucune connaissance du Livre ni de la foi ; mais Nous en avons fait une lumière par laquelle Nous guidons qui Nous voulons parmi Nos serviteurs. Et en vérité tu guides vers un chemin droit » (TSC, Ach-Choûrâ ‘La Consultation’ : 52).

3- Le troisième des objectifs est celui de les suivre et de les prendre pour exemples: parce que l’un des problèmes majeurs de notre jeunesse musulmane est celui de l’absence d’exemple. Le prophète Yoûsouf ‘Joseph’ d’ailleurs, pourrait constituer un bon exemple pour les jeunes face aux péchés. Sayeda Mariam (Marie) pourrait de même jouer le même rôle pour nos jeunes filles. Et pour les parents portant le souci de la subsistance de la famille, prenez pour exemple le prophète Abraham qui, jeté dans le feu, dit: « Allah me suffit : c’est le meilleur en qui je peux placer ma confiance ». Cet objectif est aussi mentionné dans une sourate qui, après avoir cité les noms de 18 prophètes, ordonne le suivant –ce qui peut être traduit comme : « Voilà ceux qu’Allah a guidés : suis donc leur direction… » (TSC, Al-‘An‘âm ‘Les Bestiaux’ : 90). Et, il va sans dire que les récits des prophètes constituent une matière riche pour la moralisation de notre vie quotidienne, la pratique de nos actes cultuels et pour la purification de nos âmes.

4- La consolidation du dogme islamique : Beaucoup de personnes comprennent par la consolidation de leur dogme ou de leur foi le fait d’être rude ou de maltraiter les gens, ce qui est d’ailleurs faux : il n’y a aucune contradiction entre la foi et la bonne humeur. Un jour, on demanda à Omar ibn Al-khattâb si les compagnons du prophète riaient et sa réponse fut la suivante : « Il riaient et riaient mais la foi dans leurs cœurs était plus solide que les montagnes ».  Peux-tu réaliser cet équilibre et avoir une foi qui équivaut ta croyance ? 

Les récits des prophètes nous aideront à raffermir nos cœurs : prenez à titre d’exemple l’histoire du prophète Yunûs ‘Jonas’ qui, dans le ventre de la baleine, dit –ce qui peut être traduit comme : «… Pas de Divinité à part Toi ! Pureté à Toi ! J’ai été vraiment du nombre des injustes » et reçut tout de suite la réponse divine –ce qui peut être traduit comme : « Nous l’exauçâmes et le sauvâmes de son angoisse. Et c’est ainsi que Nous sauvons les croyants » (TSC, Al-‘Anbiyâ’ ‘Les Prophètes’ : 87 et 88).  Cet exemple montre que ce n’est qu’en ayant confiance en Allah et en demandant Son secours et Son aide qu’Il nous soutiendra. L’exemple de l’histoire du prophète Ibrahim est aussi significatif : lorsqu’on voulut le jeter dans le feu, il dit « Allah me suffit : c’est le meilleur en qui je peux placer ma confiance » et Allah le sauva –ce qui peut être traduit comme : « Nous dîmes : Ô feu, sois pour Abraham une fraîcheur salutaire » (TSC, Al-Anbiyâ’ ‘Les Prophètes’ : 69). On ne peut également en aucun cas négliger l’histoire de Moïse : se trouvant avec son peuple entre l’armée de Pharaon d’une part et la mer rouge d’une autre, les compagnons de Moïse dirent –ce qui peut être traduit comme : «… Nous allons être rejoints » mais Moïse répondit –ce qui peut être traduit comme : « ...Jamais, car j’ai avec moi mon Seigneur qui va me guider » (TSC, Ach-Chou‘arâ’ ‘Les Poètes’ : 61 et 62)… C’est ainsi que les récits des prophètes nous apprennent la confiance en Allah.

5- Nous enseigner l’art de la Da’wa ‘prêche’ et de guider les gens : il se peut que beaucoup d’entre nous veuillent guider leurs voisins ou leurs amis mais n’utilisent pas pour ce faire les bons moyens. J’ai vu, par exemple, un prédicateur qui, après avoir loué Dieu et salué Son prophète dans une prêche de Vendredi, se contenta de dire “ Nous vous avons conseillés de prier mais vous avez désobéi, nous vous avons dit de payer la zakat mais vous avez refusé…il n’y a plus d’espoir en vous. Faîtes l’appel à la prière[4]”. 

Cette méthode n’est absolument pas celle que nos prophètes se sont efforcés de nous enseigner. Regardez par exemple comment le prophète Abraham prêchait tendrement et avec douceur. Il disait à son père –ce qui peut être traduit comme : “Ô mon père, je crains qu’un châtiment venant du Tout Miséricordieux ne te touche et que tu ne deviennes un allié du Diable ” (TSC, Maryam ‘Marie’ : 45). Bien que son père soit impie, le prophète lui parlait du Tout miséricordieux et non du Tout puissant. C’est pour cette raison qu’il est aussi conseillé pour ceux qui prennent leurs premiers pas sur le chemin de la piété de ne pas être rude et d’essayer par contre d’avancer tendrement. 

6- Ces récits nous apprennent aussi la finesse et la tendresse: prenez par exemple l’histoire du prophète Yoûsouf ‘Joseph’ qui, même en prison, parlait tendrement à ses compagnons en commençant toujours par : “O mes compagnons”. 

7- Nous aider à mieux comprendre le Coran : L’un des problèmes majeurs rencontrés par les jeunes est l’existence d’obstacles qui les empêchent de comprendre les versets du Coran. A travers l’étude des récits des prophètes, j’essayerai d’abolir ces obstacles en revenant de temps en temps aux versets correspondants à chaque récit.    

8- Notre dernier objectif sera de reformer la vie familiale: Sans doute, nous sommes confrontés dans nos foyers à beaucoup de problèmes entre pères et fils ou entre mères et filles. Le fait d’évoquer les récits des prophètes nous conduira à traiter de leur vie familiale et leur comportement avec leurs femmes et leurs enfants. On verra comment Abraham éduquait Ismaël, comment Ya’qub ‘Jacob’ traitait son fils Joseph, comment David élevait son fils Soliman et ce que Marie faisait avec son fils Jésus.

Il faut que vous compreniez tous que dans les récits des prophètes, il ne s’agit pas d’événements historiques mais plutôt de réalités et de relations qui se répètent au cours de l’histoire.

Méthodologie de l’étude :         

Je suivrai dans mes leçons une méthode précise qui respectera les règles suivantes : j’essayerai de tirer une leçon de chaque histoire –ce qui peut être traduit comme : «...Eh bien, raconte le récit. Peut être réfléchiront-ils » (TSC, Al-‘A‘râf : 176) et par conséquent je ne m’attarderai pas devant les détails qui parfois peuvent être inutiles. Je tire ce principe d’une règle de base dans la charia qui consiste à considérer inutile tout débat portant sur des questions qui n’engendrent aucun genre d’action. De tels débats sont considérés illicites par la charia. Citons à cet égard le débat sur l’identité de ‘Azar et s’il était le père ou l’oncle du prophète Abraham. Nous avons aussi des versets qui nous incitent à suivre ce principe –ce qui peut être traduit comme : « Et ne poursuis pas ce dont tu n’as aucune connaissance …» (TSC, Al-’isrâ’ ‘Le Voyage Nocturne’ : 36) ou encore –ce qui peut être traduit comme : « …Ne discute à leur sujet que d’une façon apparente.. » (TSC, Al-Kahf ‘La Caverne’ : 22). Il nous suffit donc les histoires qu’Allah a révélées. Mon troisième principe sera d’éviter les ‘Isra’iliyates’ ou tout ce qui fut rapporté par les fils d’Israël. Même au cas où je les citerai, je vous dirai qu’il s’agit ‘d’isra’iliyates’, de fausses histoires introduites dans les différents récits et dont regorgent malheureusement les livres islamiques. Je suis dans ce principe le verset disant –ce qui peut être traduit comme : « …Ne discute à leur sujet que d’une façon apparente et ne consulte personne en ce qui les concerne »[5] (TSC, Al-Kahf ‘La Caverne’ : 22).

Les sources bibliographiques: 

Pour ceux d’entre vous qui ont l’intention de documenter les récits dont je parle, ils peuvent revenir à ces sources:

Pour les exégèses: les exégèses d’Ibn Kathîr, de Cha‘râwy, de Qortoby et les ombres du Coran de Sayed Qutb.

Les livres portant sur les récits des prophètes: Bidayat w Nihayat (Début et fin) d’Ibn Kathîr, le livre de Abdel Wahhab el Najjar (un savant de l’Azhar), cheikh Mohammad Ali al Sabouny et cheikh Hassan Ayûb.

Progression des points : J’essayerai autant que possible de suivre l’ordre chronologique des récits ainsi que de citer mes sources et de me baser sur le Coran en tant que source principale.

  • Veiller à respecter l’enchaînement  chronologique

  • Classer l’apparition des prophètes selon le même ordre chronologique

  • Se référer au coran

Mais avant de commencer nos récits sur les prophètes, j’essayerai de répondre aux questions suivantes : Que signifie une histoire? Est-ce que les histoires des prophètes sont toutes vraies ? Ont-elles subi des changements ? Pourquoi se répètent elles dans le Coran ? Quelle est la différence entre le prophète (nabî) et le messager (rasoule)? Quel est le nombre de prophètes cités dans le Coran ? Et pourquoi quelques-uns furent cités et d’autres non? Peut-on préférer un prophète à un autre? Qui sont les prophètes d’oulou al ‘azm (les messagers doués de fermeté et d’endurance)? Et est ce que les prophètes sont incorruptibles ou non ? Est ce que cette infaillibilité est complète? Et sont-ils incorruptibles face aux grands péchés ou les petits péchés? Et le sont-ils avant la révélation du message ou le deviennent-ils après ?

Que signifie le mot de qassas (récits): la racine ‘qas’ signifie le fait de suivre les empreintes ou les pas des gens dans les déserts. Et c’est pour cette raison que le verset Coranique dit –ce qui peut être traduit comme : “C’est dans le talion (qisâsse) que vous aurez la préservation de la vie …» (TSC, Al-Baqara ‘La Vache’ : 179) ” et ‘qisâsse’ ici signifie le fait de poursuivre les criminels pour les punir. C’est pour cette raison aussi que dans l’histoire du prophète Moise, la mère de Moise ordonna à sa fille de suivre son frère afin de savoir l’endroit où il finira par s’installer –ce qui peut être traduit comme : « Elle dit à sa sœur : ‘Suis-le’… »[6] (TSC, Al-Qassas ‘Le Récit’ : 11). Il suffit donc de suivre les histoires jusqu’à en comprendre la sagesse. Le mot ‘qassas’ a été répété 30 fois dans le Coran.

Est ce que toutes les histoires des prophètes sont réelles? « Nous allons te raconter leur récit en toute vérité… » (TSC, Al-Kahf ‘La Caverne’: 13). Ceci veut dire qu’elles sont toutes exactes sans ajouts ni confusions. C’est ce qu’assure encore le verset –ce qui peut être traduit comme : « …Ce n’est point là un récit fabriqué. C’est au contraire, la confirmation de ce qui existait déjà avant lui… » (TSC, Yoûsouf ‘Joseph’ : 111). Nous devons également croire à tous les miracles cités dans le Coran (Yunûs dans le ventre de la baleine, Abraham jeté dans le feu, la mer fendue pour Moise). Le fait de croire en ces histoires fait partie de ta foi.

Pourquoi les histories se répètent-elles? En fait, le fait de répéter les histoires des prophètes dans le Coran consiste à marquer leur importance. Par exemple, la répétition de l’histoire d’Abraham et le sacrifice de son fils a pour but de nous inciter à obéir à Allah. Le fait que le prophète Noé ait persisté pendant 950 ans à appeler son peuple vers le droit chemin nous apprendra la patience. Les récits des prophètes se répètent parce que l’histoire de Satan avec les fils d’Adam se répète et se répétera toujours. L’histoire de l’arbre d’Adam qui symbolise la tentation de Satan se répète quotidiennement et nous succombons chaque jour. Ces histoires nous rappellent donc ces situations et nous réveillent en nous mettant en garde contre les tentations de Satan.

4-  Quelle est la différence entre le prophète (nabî) et le messager (rasoule): il est  fréquent de voir dans les ouvrages du patrimoine une distinction entre le nabî et le rasoule qui consiste à considérer le premier comme une personne à qui Allah a révélé un message et ne lui a pas ordonné de le transmettre alors que le rasoule est une personne à qui Allah a révélé un message et lui a ordonné de le transmettre. Je trouve qu’il serait étrange qu’Allah révèle un message à quelqu’un sans qu’Il ne lui ordonne de le transmettre. Dans un Hadith, le prophète dit : “ Les nations me furent exposées et je vis des prophètes suivis par des masses et d’autres qui ne sont suivis que par deux personnes”. Ce Hadith montre que même les nabî-s ont un message à transmettre parce qu’en fait, un message est essentiellement révélé pour être transmis. La différence entre les deux serait donc que le nabî est une personne à qui Allah a ordonné de réaffirmer un message précédent alors que le rasoule serait une personne à qui Allah a révélé un nouveau message en lui ordonnant de le transmettre.   

5- Quel est le nombre de prophètes et de messagers: Abû Dhar al-ghifâry –qu’Allah soit satisfait de lui- dit : J’ai demandé au messager d’Allah quel était le nombre des messagers et il répondit qu’ils étaient trois cent dix et quelques [7] (hadith rapporté par Imâm Ahmad dans son Musnad). Et on lui demanda également quel était le nombre des prophètes et il répondit qu’ils étaient au nombre de cent vingt mille dont trois cent quinze messagers. Les versets Coraniques affirment aussi que –ce qui peut être traduit comme : «… Il n’est pas une nation qui n’ait déjà eu un avertisseur » (TSC, Fâtir ‘Le Créateur’ : 24) et «...Et Nous n’avons jamais puni [un peuple] avant de [lui] avoir envoyé un Messager » (TSC, Al-’Isrâ’ ‘Le Voyage Nocturne’ : 15). Notre prophète est sans doute le dernier messager et nous avons un Hadith dans lequel le prophète dit : « Je fus envoyé moi et l’Heure (le jour dernier) comme ces deux (en montrant deux doigts voisins) »  ce qui, en d’autres termes, signifie que le jour de la résurrection et assez proche. Nous sommes tous responsables de transmettre son message aux autres et c’est pour cette raison qu’aucun prophète ne lui a succédé.

6- Pourquoi quelques récits de prophètes furent cités dans le Coran tandis que d’autres ne le furent pas ? « Et il y a des messagers dont Nous t’avons raconté l’histoire précédemment, et des messagers dont Nous ne t’avons point raconté l’histoire –et Allah a parlé à Moïse de vive voix » (TSC, Al-Nisâ’ ‘Les Femmes’ : 164)  . Le Coran, en effet, ne nous cita que 25 messagers. Les versets 83 à 86 de la sourate Al-’An‘âme cite 18 de ces prophètes par ordre chronologique –ce qui peut être traduit comme : « Tel est l’argument que Nous inspirâmes à Abraham contre son peuple. Nous élevons en haut rang qui Nous voulons. Ton Seigneur est Sage et Omniscient (*). Et Nous lui avons donné Isaac et Jacob et Nous les avons guidés tous les deux. Et Noé, Nous l’avons guidé auparavant, et parmi la descendance (d’Abraham) (ou de Noé), David, Salomon, Job, Joseph, Moïse et Aaron. Et c’est ainsi que Nous récompensons les bienfaisants (*). De même, Zacharie, Jean-Baptiste, Jésus et Elie, tous étant du nombre des gens de bien (*). De même, Ismaël, Elisée, Jonas et Lot. Chacun d’eux Nous l’avons favorisé par dessus le reste du monde ». L’objectif principal de ces récits est de donner des leçons aux gens et de leurs donner des exemples à suivre dans leur vie quotidienne et face aux tentations. Le fait de ne pas mentionner les autres prophètes voudrait probablement signifier que leurs histoires étaient limitées par des circonstances et des temps particuliers qui ne se répètent pas fréquemment au point de rendre leurs exemples applicables de nos jours.

7- Peut-on préférer quelques prophètes à d’autres ? « Le Messager a cru en ce qu’on a fait descendre vers lui venant de son Seigneur, et aussi les croyants : tous ont cru en Allah, en Ses anges, à Ses livres et en Ses messagers ; (en disant) : ‘Nous ne faisons aucune distinction entre Ses messagers’. Et ils ont dit : ‘Nous avons entendu et obéi. Seigneur, nous implorons Ton pardon. C’est à Toi que sera le retour » (TSC, Al-Baqara ‘La Vache’ : 285). Ce verset montre qu’il est interdit de croire à la prophétie de quelques prophètes et de démentir les autres –ce qui peut être traduit comme : « Ceux qui ne croient pas en Allah et en Ses messagers, et qui veulent faire distinction entre Allah et Ses messagers et qui disent : ‘Nous croyons en certains d’eux mais ne croyons pas en d’autres’, et qui veulent prendre un chemin intermédiaire (entre la foi et la mécréance), les voilà les vrais mécréants ! Et Nous avons préparé pour les mécréants un châtiment avilissant » (TSC, Al-Nisâ’ ‘Les Femmes’ : 150-151). Mais le fait d’aimer un prophète davantage qu’un autre n’est par contre pas interdit –ce qui peut être traduit comme : « Parmi ces messagers, Nous avons favorisé certains par rapport à d’autres. Il en est à qui Allah a parlé ; et Il en a élevé d’autres en grade. A Jésus fils de Marie, Nous avons apporté les preuves, et l’avons fortifié par le Saint-Esprit[8] » (TSC- Al-Baqara : 253)  ou encore « …Et parmi les prophètes, Nous avons donné à certains plus de faveurs qu’à d’autres. Et à David, Nous avons donné le ‘Zabûr’[9] » (TSC, Al-’Isrâ’ ‘Le Voyage Nocturne’ : 55). 

Nous avons donc le droit de préférer notre prophète bien aimé Mohammad (BP sur lui) : dans un hadith le prophète dit : «Je suis le maître des enfants d'Adam et je dis cela sans orgueil (je ne fais qu’affirmer une réalité). Je détiens la bannière de la louange (Hamd) et je dis cela sans orgueil. Adam et ceux qui sont inférieurs à lui seront sous ma bannière le jour du Jugement et je dis cela sans orgueil. Et je suis le premier intercesseur, et le premier à qui on accordera le droit d'intercéder le jour du Jugement et je dis cela sans orgueil. Je suis le premier qui frappera aux portes du Paradis et je dis cela sans orgueil. Et je suis le plus proche à Allah parmi les premiers et les derniers et je dis cela sans orgueil. » (Rapporté par Al-Termezy). Les prophètes se sont également tous engagés à se soutenir les uns les autres –ce qui peut être traduit comme : « Et lorsqu’Allah prit cet engagement des prophètes : ‘Chaque fois que Je vous accorderai un Livre et de la Sagesse, et qu’ensuite un messager vous viendra confirmer ce qui est avec vous, vous devez croire en lui, et vous devrez lui porter secours’. Il leur dit : ‘Consentez-vous et acceptez-vous Mon pacte à cette condition ?’- ‘Nous consentons’, dirent-ils. ‘Soyez-en donc témoins’, dit Allah. Et Me voici, avec vous, parmi les témoins »[10] (TSC, Al-‘Imrân ‘La Famille d’Imran’ : 81). Ceci veut dire que si les prophètes et les messagers étaient tous vivants au moment où Mohammad fut envoyé, ils auraient dû le soutenir et lui porter secours.

8- Qui sont les oulou al ‘azm (les prophètes doués de fermeté et d’endurance)?  Ils sont cinq : Nuh ‘Noé’, Îbrahim ‘Abraham’, Mussa ‘Moïse’, Îssa ‘Jésus’ et Mohammad (BP sur lui). Ils furent tous mentionnés dans ce verset –ce qui peut être traduit comme : « Lorsque Nous prîmes des prophètes leur engagement, de même que de toi, de Noé, d’Abraham, de Moïse et de Jésus fils de Marie : et Nous avons pris d’eux un engagement solennel » (TSC, Al-’ahzâb ‘Les Coalisés’ : 7). Ils ont eu cette appellation à cause de leur patience et de leur persistance devant les difficultés. Et, nous qui sommes les fils du cinquième prophète endurant, que faisons nous devant les péchés ? Et où sont notre patience et persistance?  Autrefois, un savant disait « Ô celui qui a peu de courage et de persistance, ce chemin est un chemin dans lequel Noé a dépensé toute sa vie, Abraham a été jeté dans le feu, Yahia (Jean-Baptiste) a été tué,  Zakaria (Zacharie) a été découpé par les scies et Mohammad a été torturé alors que toi, tu ne te donnes même pas la peine d’accomplir deux rak‘a-s pendant la nuit? Où donc ta persistance est-elle passée ! »

9- Les prophètes sont-ils incorruptibles ? Et cette infaillibilité les protège-t-elle contre les grands ou les petits péchés ? La racine ‘asam (rendre infaillible) signifie le fait d’empêcher ou de protéger quelqu’un contre quelque chose. Elle fut utilisée dans des verstes comme celui de la sourate Yoûsouf –ce qui peut être traduit comme : « …J’ai essayé de le séduire mais il s’en défendit fermement [11]… » (TSC, Yoûsouf ‘Joseph’ : 32) ou encore celui de –ce qui peut être traduit comme : « Il répondit : ‘Je vais me réfugier vers un mont qui me protégera [12]de l’eau’… » (TSC, Hoûd : 43) (le fils de Noé face au déluge). Mais le mot est plutôt utilisé pour signifier l’incorruptibilité des prophètes face à tous les péchés (grands et petits). La plupart des savants trouvent que les prophètes sont infaillibles même avant la révélation de leur message. Ceci n’empêche pas qu’ils puissent avoir des erreurs limitées commises avant le message mais ce qui est sûr c’est que ces erreurs ne portent aucune atteinte à l’honneur ou la chasteté ou la dignité. 

Cependant quelques uns peuvent se demander pourquoi donc le prophète Yunûs ‘Jonas’, furieux contre son peuple, décida de l’abandonner ou encore comment Allah reprocha à Mohammad le fait de s’être renfrogné et détourné devant l’aveugle Ibn Umm Maktûm (le verset de « Il s’est renfrogné et il s’est détourné »[13] (TSC, ‘Abasa ‘Il s’est Renfrogné’ : 1). En fait, il ne s’agit pas dans ces cas de péchés mais des questions de priorités et Allah ne les a pas protégés contre ces confusions dans les priorités pour montrer qu’ils sont des êtres humains et qu’ils sont susceptibles de commettre des erreurs.

Les juifs par contre, se sont donnés le droit d’accuser leurs prophètes d’avoir commis de grands péchés ce qui est absolument refusé par la religion. Ils se sont permis de dire que Lot s’enivra avant de commettre la fornication avec ses deux filles, que Dawud ‘David’ forniqua avec la femme du chef de son armée après l’avoir tué, que Solaïman ‘Salomon’ adora des idoles vers la fin de sa vie et que c’était Aaron qui avait réalisé le taureau en or. Tout cela n’est que pures calomnies par les juifs. Louange à Allah qui nous a dotés de l’islam, du Coran, de la foi et nous a donnés les prophètes en exemple à suivre.

La dernière question est celle de savoir s’il est possible que quelqu’un d’autre, à part les prophètes, soit incorruptible? En principe, l’incorruptibilité n’est reconnue que pour les prophètes, mais il se peut qu’Allah protège certains de ces awliâ-s (auguste savant ou homme de grande piété) et qu’il les purifie des turpitudes. Le prophète disait par exemple à Omar Ibn Al Khattâb : « Je jure par Allah, Omar, si tu prends un chemin, Satan choisit de prendre un autre ». Allah peut offrir sa protection surtout aux gens qui ne commettent pas de grands péchés : consommer de l’alcool, désobéir à ses parents, ne pas prier…

Je vous conseille surtout de demander à Allah Sa protection contre les grands péchés et contre le fait d’insister sur les petits péchés. C’est une invocation que beaucoup de gens sur ‘arafa (pendant le pèlerinage) faisaient. Et, si jamais tu retombes dans un péché, ne désespères point et aie de l’espoir dans la grande miséricorde d’Allah.

Je finis ainsi cette introduction et Incha’Allah la prochaine fois sera consacrée à l’histoire du début de la création et quelle fut la première chose créée et comment Adam fut créé et nous poursuivrons ensuite les histoires des prophètes.

[1]TSC : Traduction des Sens du Coran. Cette traduction est celle du sens courant le plus connu jusqu'à présent de la sourate sus mentionnée. Lire la TSC ne remplace nullement sa lecture en arabe, la langue de révélation du saint Coran 

[2] Titre de noblesse donné par le roi d’Egypte à cette époque à un grand fonctionnaire ou à un ministre.

[3] Un esprit : Le Coran, parce qu’il revivifie les cœurs 

[4] L’ordre de faire l’appel à la prière ici n’est pas adressé aux auditeurs mais à celui qui en est régulièrement responsable dans la mosquée.

[5] Ce verset vient au sujet des gens d’Al-kahf et désignait les juifs par « ne consulte personne en leur ce qui les concerne »

[6] Remarquez aussi que sans le fait de suivre les pas des guides dans les déserts, nous serons perdus. Nous risquons aussi d’être égarés à moins que nous suivions les pas des prophètes.

[7] “Quelque” ici signifie un nombre compris entre trois et neuf

[8] L’ange Gabriel

[9] Livre sacré révélé à David

[10] Selon ce verset, Allah a demandé à chacun de messager antérieurs, et comme condition préalable à leur mission, de reconnaître et d’annoncer la venue de Mohammad (BP sur lui) comme messager

[11] Ista‘ssame 

[12] Le mot utilisé est ya‘simonî 

[13] Il s’était détourné en fait, par ce que Ibn Umm Maktûm est venu le questionner sur l’islam alors qu’il s’entretenait avec les notables de la Mecque.


Série par Amr Khaled