L’histoire de Youssouf : Introduction

Au nom d’Allah, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux, et que les bénédictions et la paix d'Allah soient sur le plus noble des messagers, notre prophète Mohammed. Louange à Allah, nous recourons à Lui et nous Lui demandons de nous guider, nous pardonner, et nous préserver de nos mauvaises actions. Celui à qui Allah montre le bon chemin est guidé et celui qui s'égare n'a ni maître ni conseiller.

Nous aborderons aujourd’hui l’histoire de Joseph (Youssouf) (que la paix soit sur lui) tirée du Noble Coran. Nous devons être attentif au fait que c’est nous qui sommes désignés par chaque terme du Coran où nous trouvons le remède à nos coeurs. Dans la sourate de Joseph, chacun d’entre nous trouvera un des problèmes de sa vie, alors faisons que notre intention de la lecture de cette sourate et du Coran soit la guérison de tous nos maux. Allah (exalté soit-Il) dit –ce qui peut être traduit comme : “Nous faisons descendre du Coran, ce qui est une guérison et une miséricorde pour les croyants» (TSC[i], Al-Isra’ (le voyage nocturne) : 82). C’est le remède de la détresse, la vanité et la dureté du cœur.

En fait, le terme “guérison” n’a été cité dans le Coran que deux fois: une fois en parlant du miel et la deuxième en parlant du Coran. Le miel guérit le corps mais le Coran guérit les coeurs et les âmes. Il faut que chacun d’entre nous soit sûr que seul le Coran guérit nos coeurs. Allah (exalté soit-Il) dit –ce qui peut être traduit comme : “… Et nous avons fait descendre sur toi le Livre, comme un exposé explicite de toute chose…» (TSC, An-Nahl (les abeilles) : 89).

Une fois, je rendais visite à un homme et je lui racontais quelques problèmes espérant qu’il me proposerait une solution; mais il avait ouvert le Coran et il a dit en le feuilletant : “je pense que la solution du problème est dans ce verset.”

La sourate de Joseph est une des sourates qui guérit le plus les coeurs. C’est une sourate mecquoise précédée par la Sourate Hoûd. Elle a été révélée au Prophète pendant l’année du chagrin après la mort de  son oncle Abou Taleb et celle de sa femme Khadîdja, la recrudescence des préjudices contre lui et son exposition à des complots. A ce moment, la sourate de Joseph a été révélée pour consoler le Prophète (BP sur lui) qui a subi la nuisance de ses proches, tandis que Joseph a subi celle de ses frères. Le Prophète (BP sur lui) a été chassé de son pays et Joseph l’a été lui aussi mais Allah l’a secouru et l’a honoré. Tout ce que tu as subi, le prophète Joseph (Paix sur lui) l’a subi de même. Cette Sourate vient alors pour égayer le Prophète et les croyants jusqu’au jour de résurrection. Le Prophète (BP sur lui) dit : “ Tout affligé qui lit la sourate de Joseph, Allah le rend gai”. C’est la sourate des attristés, des fatigués, sentant la solitude, la mélancolie et les opprimés. ‘Omar Ibn Al-Khattab pleurait à la lecture de cette sourate, il y sentait une forte interaction.

Aujourd’hui, nous traiterons uniquement cinq versets de la sourate, accordons-nous que lorsque nous terminerons l’histoire, nous finirons également de les apprendre par cœur. Avec l’apprentissage nous appliquons ce qui s’y trouve. On rapporte que ‘Omar Ibn Al-Khattab avait appris la sourate de la Vache en trois ans, et dans une autre version en une seule année, et ce parce qu’il n’étudiait un verset que lorsqu’il avait appliqué celui qui le précède. Ainsi, il a appris la science et le travail. Mettons-nous d’accord d’appliquer ce que nous étudions.

En dépit des épreuves que contient la sourate de Joseph, celle-ci égaye son lecteur et le rend heureux. Bien que nous connaissions la fin de l’histoire de Joseph, nous ne nous ennuyons point en la lisant. On se lasse vite si on voit un film plusieurs fois, pourtant on lit la sourate de Joseph des centaines de fois, et on n’en éprouve aucun ennui. C’est l’un des miracles du Coran; contrairement aux chansons, aux films, aux livres, la répétition cause l’ennui. Le Coran, en revanche ne le cause pas.

La sourate de Joseph est emplie d’événements qui ne s’accordent pas avec notre logique : l’amour du père provoque la haine des frères. Joseph fût jeté dans le puits. Cet événement, bien qu’il soit un mal à nos yeux, lui a permis d’arriver en Egypte. Son emprisonnement, qui ne semble qu’une rude épreuve, a fait de lui le ‘Azize d’Egypte[ii] . Nous concluons de tout ce qui précède que nous devons nous en remettre à Allah, et c’est cette idée que nous allons renforcer tout au long de l’explication de la sourate.

La sourate de Joseph déborde également d’épreuves et de tentations, nous citons entre autres:

1.       La rancune qu’éprouvent ses frères à son égard.

2.       La séparation de ses parents.

3.       Le fait d’être jeté dans le puits et l’éloignement de son père.

4.       L’épreuve de l’esclavage et de la servitude.

5.       Le désir et la séduction des femmes de la ville.

6.       L’épreuve de la prison.

7.       L’épreuve d’être attaqué dans l’honneur.

8.       L’épreuve de la prospérité et l’argent.

9.       L’épreuve du pardon.

10.   L’épreuve du passage d’une épreuve à une autre sans répit ce qui peut mener à une perturbation psychologique (passer de l’amour de son père au puits).

Nous détaillerons le reste des épreuves ci-après. Cependant, essayons de les comparer aux nôtres. Si nous passions par les mêmes épreuves, nous sombrerions sans doute dans la déprime, et nous serions dans l’incapacité de continuer notre vie. Peut être serions-nous animés par un désir de vengeance et continuerions-nous la vie souffrant de troubles psychologiques. Nous pouvons être exposés à des épreuves pareilles à celles qu’a subies Joseph, mais comment y résister?

Dans un hadith rapporté par Mouslim: « Un jour que nous étions chez ‘Omar (A sur lui) il nous demanda : “Lequel d’entre vous a entendu le Messager d’Allah (BP sur lui) parler des épreuves ?” Quelques-uns  répondirent : “Nous l’avons entendu.” –Il se peut répliqua-t-il que vous voulez dire l’épreuve de l’homme dans sa famille et son voisin.” Ils répliquèrent par l’affirmatif. Les péchés issus de ce type d’épreuves peuvent être expiés par la prière, le jeûne et l’aumône. Mais qui a entendu le Prophète (BP sur lui) parler des épreuves (nombreuses et répandues) qui s’agitent telles les ondes de la mer ?” Houdhaïfa poursuivit : Les hommes gardèrent le silence tandis que je lui répondis : “Moi (l’ai entendu).” –Toi ? Dis ‘Omar qu’Allah garde ton père !” Houdhaïfa dit alors: J’ai entendu le Messager d’Allah (BP sur lui) dire : “ Les épreuves troublantes seront exposées au cœur (des croyants) et les biens le marqueront comme les traces que laissent les joncs de la natte sur le flanc du dormeur. Tout cœur qui en sera passionnément épris, sera marqué d’un point noir, et tout cœur qui les repoussera, sera marqué d’un point blanc. De sorte qu’à ces épreuves deux cœurs feront face : “le premier au point blanc sera comparable au rocher (inébranlable et lisse) ; aucune épreuve ne lui nuira donc jamais aussi longtemps que dureront le ciel et la terre, tandis que l’autre au point noir deviendra presque grisâtre et sera comparable à une gargoulette renversée, incapable de distinguer le convenable du blâmable tant que ni l’un ni l’autre ne correspond à ses propres désirs.”

Et je lui ai dit : “Il y a entre elle et toi une porte qui sera bientôt cassée.” ‘Omar dit : “ Cassée ! Si elle était ouverte elle aurait pu être réparée.” Je lui ai dit ‘non, elle sera cassée’. Je lui ai dit que cette porte c’était un homme qui devait mourir ou être tué »

Nous arrivons à l’importance de la patience dont Joseph a fait preuve, cette patience se présente sous trois formes :

·          Patience à l’égard des péchés

·         Patience à l’égard des obéissances

·         Patience à l’égard des épreuves

La patience à l’égard des obéissances s’avère quand il a obtenu l’argent et l’a dépensé dans l’obéissance d’Allah, et quand il a patienté en pardonnant à ses frères. Il a patienté à l’égard des épreuves qu’il a subies.

Ainsi une question se pose: quelle patience Allah aime-Il le plus: est-ce la patience à l’égard de la prison, ou bien celle à l’égard de la séduction de la femme du ‘Azize ? En d’autres termes, qu’est ce que Allah préfère le plus: la patience à l’égard des épreuves (la prison) ou bien la patience à l’égard des péchés (la séduction)?

La patience à l’égard des péchés est la préférable car elle est volontaire. Quant à l’épreuve, elle aura lieu et nous n’y avons pas de choix, nous devons donc la compléter par la patience. Mais la patience à l’égard des péchés fait appel à la volonté, c’est pourquoi Allah l’aime le plus.

Autre question: Allah préfère-t-Il le plus la patience à l’égard de l’épreuve de prison ou celle du puits? La réponse est la prison. Allah (exalté soit-Il) dit- ce qui peut être traduit comme : “Il dit: “Ô mon Seigneur, la prison m’est préférable à ce à quoi elles m’invitent…… » (TSC, Youssouf (Joseph) : 33). C’est Joseph qui a choisi la prison, mais il ne pouvait rien à l’égard de l’épreuve du puits.

Une troisième question : laquelle des patiences est la meilleure: celle à l’égard de la séduction de la femme du ‘Azize ou celle à l’égard de la tentation de l’argent ? Quel genre Allah préfère le plus: la patience à l’égard des péchés ou des obéissances?

Certains savants ont dit que la patience à l’égard des péchés est l’une des obéissances les plus préférées d’Allah, l’obéissance est instinctive dans l’Homme, en l’appliquant, elle lui procure la joie; quant à la résistance aux péchés et les désirs de l’âme, ils sont difficiles à contrôler. Peu de savants ont dit que la patience à l’égard des obéissances est préférable pour Allah ; si quelqu’un applique les obéissances en  commettant tous les péchés et un autre ne commet aucun péché et n’a pas obéi à Allah ; le meilleur est celui qui a obéi et a commis des péchés car il a connu la raison de son existence, tandis que l’autre ne l’a pas connue. En outre, si quelqu’un fait autant de fautes que de péchés, la miséricorde d’Allah intervient pour précéder à sa colère : Allah (exalté soit-Il) dit –ce qui peut être traduit comme : “ma miséricorde est préalable à ma colère». Ainsi la patience que Allah préfère est celle à l’égard des obéissances

Si nous classons les catégories de patience selon la perfection, nous trouverons :

1.       La patience à l’égard des obéissances

2.       La patience à l’égard des péchés

3.       La patience à l’égard des épreuves

La patience est une adoration d’Allah. En fait il existe deux adorations: celle dans la prospérité, soit la reconnaissance et celle dans la détresse, soit  la patience. Celui qui ne retourne pas à Allah dans la détresse par la patience ne saura jamais la morale qu’Allah a mise dans l’épreuve. La plus belle adoration est celle que tu pratiques au moment de la détresse.

Cette dernière te mène à te sentir proche d’Allah. Tu sens la beauté de l’adoration que tu ne peux sentir dans la prospérité. Dans la détresse, la patience et l’invocation d’Allah constituent la meilleure des pratiques ; c’est ce que nous apprend la sourate de Joseph.

Ouvrons alors le Coran sur la sourate de Joseph, elle commence par “Alif, Lām, Rā”[iii] . Allah nous dit que ces lettres qui reviennent dans plusieurs sourates sont les lettres de votre langue et d’où émane le miracle du Coran. De ces lettres est venu le Coran qui sera lu jusqu’au jour de la résurrection.

Une histoire me vient à l’esprit pour vous montrer le caractère inimitable du noble coran. Un professeur de Droit dans l’une des plus grandes universités des Etats Unis, et écrivain de grands ouvrages sur les droits de succession, avait un étudiant musulman qui lui a dit un jour qu’il était surpris de savoir que les droits de succession sont cités chez les musulmans dans trois versets coraniques alors que chez les américains, ils font l’objet de gigantesques ouvrages. Le professeur s’étonna. L’étudiant lui a dit qu’il pouvait lui donner la traduction de ces versets pour qu’il puisse les lire. Une semaine après, le professeur demanda à son étudiant comment il pourrait se convertir à l’Islam et il a prononcé les deux témoignages de foi: “point de divinité à part Allah, Mohammed (BP sur lui) est Son envoyé”.

Ces termes constituent le caractère inimitable continuel du Coran. Revenons au verset où Allah (exalté soit-Il) dit –ce qui peut être traduit comme : “tels sont les versets du livre explicite» (TSC, Youssouf (Joseph) : 1). Le terme « explicite » signifie que le Coran a un caractère inimitable. Mais qu’est ce qui fait que ce dernier soit un miracle, le miracle du Prophète (BP sur lui).

Le miracle du Coran:

1.       Un miracle rhétorique: qui se manifeste dans ses termes

2.       Un miracle scientifique: qui se présente par des théories scientifiques qu’on découvre récemment tandis que le Coran les a révélées depuis 1400 ans.

3.       Un miracle objectif : celui qui applique les règles incluses dans le Coran est celui qui dirigera la vie, et Allah l’honore, la preuve en est :

·         Observons l’état des compagnons avant et après l’Islam; un compagnon qui adorait un idole. Quand il voyage il le porte, devenant lourd, il le jette et cherche d’autres pierres pour en construire un autre quand il revient. ‘Omar Ibn Al-Khattab disait qu’il adorait une pâte de dattes et une fois il avait faim il la mangeait. Après l’Islam, ces mêmes compagnons, qui tuaient leurs filles vivantes, sont ceux qui ont dirigé le monde.

·         Nous aussi, nous sommes un exemple de ce miracle scientifique, celui qui est accaparé par les péchés et s’éloigne de la voie d’Allah et de Son Coran, change complètement quand il recourt au repentir et retourne au modèle coranique comme s’il était devenu une autre personne après le retour vers Allah.

Le miracle de Moïse était son bâton, et celui de Jésus était de faire revivre les morts. Cependant, tous ces miracles sont terminés avec la mort de Moïse et Jésus, mais le miracle de Mohammed, le dernier des prophètes, demeure en nous si nous appliquons les enseignements du Coran jusqu’au jour de la résurrection.

Craignons alors Allah afin que nous soyons le miracle du Noble Coran. Tenons à être des preuves de son caractère inimitable. Réussissons donc pour devenir un miracle et donner le bon exemple pour les autres.

Dans le verset suivant, Allah (exalté soit-Il) dit –ce qui peut être traduit comme : “ Nous l’avons fait descendre, un Coran en [langue] arabe, afin que vous raisonniez» (TSC, Youssouf (Joseph) : 2).

La langue des habitants du paradis est la langue arabe, elle est également la langue d’Adam (que la paix soit sur lui) et des anges.

Allah (exalté soit-Il) dit –ce qui peut être traduit comme : “Nous te racontons le meilleur récit, grâce à la révélation que Nous te faisons dans ce Coran même si tu étais auparavant du nombre des inattentifs (à ces récits)» (TSC, Youssouf (Joseph) : 3).

Ce verset a été révélé lorsque les compagnons du Prophète sont venus lui demander de leur raconter quelques récits. Ainsi nous apprenons l’importance des récits dans l’apprentissage des hommes et également les méthodes pour appeler les gens vers la voie d’Allah. Aidons alors les hommes par les moyens tendres qu’ils aiment.

Nous remarquons également que cette sourate constitue le premier récit coranique complet qui fut révélé au Prophète (BP sur lui). Or, le récit se présente dans le Coran sous plusieurs formes : certains versets racontent des extraits de divers récits, cette variation nous aide à apprendre.

A ce propos, un professeur de lettres dans l’une des plus grandes universités arabes déclare que depuis 30 ans il faisait des études sur le roman, mais quand il a lu sérieusement le Coran, il a senti que les 30 ans d’études qu’il a faits existent dans ce noble livre; la nouvelle est représentée dans l’histoire d’Abraham et du sacrifice. Un autre récit d’une seule scène est représenté dans le dialogue entre Moïse et le Pharaon. Il dit de même qu’il a trouvé un monologue dans la discussion d’Abraham. Allah (exalté soit-Il) dit –ce qui peut être traduit comme : “lorsqu’ ensuite il observa la lune se levant, il dit: “Voilà mon Seigneur!” » (TSC, Al-An’am (les bestiaux) : 77). Ce professeur a de même trouvé que l’histoire de Joseph contient tous les éléments et la trame du roman.

Mais pourquoi l’histoire de Joseph (que la paix soit sur lui) est-elle considérée comme le meilleur des récits?

1.       Elle comporte toutes les morales dont un musulman peut avoir besoin dans sa vie d’ici-bas et celle de l’au-delà. C’est le meilleur récit où tu peux trouver toutes les sciences: l’économie, le commerce, l’interprétation des songes, l’administration, la planification, l’analyse, la psychanalyse, les valeurs, la morale .

2.       C’est le seul récit du monde où tous les caractères ont connu une fin heureuse: Joseph est enfin heureux, Jacob a retrouvé son fils et sa vue, ses fils se sont réconciliés, la femme du ‘Azize avoue sa faute, le roi est enfin heureux, même si sa joie d’avoir sauver son pays est temporaire.

Ensuite, Allah (exalté soit-Il) dit –ce qui peut être traduit comme : « grâce à la révélation que Nous te faisons dans ce Coran même si tu étais auparavant du nombre des inattentifs (à ces récits)» (TSC, Youssouf (Joseph) : 3)

3. Ceci signifie que c’était la première fois qu’il connaissait cette histoire avant d’être révélée. Sans la révélation, le Prophète (BP sur lui) n’aurait pas connu cette histoire.

Allah (exalté soit-Il) dit –ce qui peut être traduit comme : “Quand Joseph dit à son père, j’ai vu [en songe], onze étoiles, et aussi le soleil et la lune; je les ai vus prosternés devant moi » (TSC, Youssouf (Joseph) : 4). Ainsi le récit commence par un songe et se termine par une explication de ce songe, c’est pourquoi Allah (exalté soit-Il) dit –ce qui peut être traduit comme : “ Ô mon père, voilà l’interprétation de mon rêve de jadis … » (TSC, Youssouf (Joseph) : 100). Il s’agit alors d’un des éléments de suspens employé dans le récit.

Il est à noter que le nom “Youssouf” est issu du radical “Assaf” venant également de “Ta’assof”[iv], ce qui signifie que le prophète Youssouf implorait sans cesse le pardon d’Allah, lui, Joseph, fils de Jacob fils d’Isaac fils d’Abraham que la paix soit sur lui. Il est donc prophète, son père et son grand-père le sont aussi, le père de son grand père était l’ami privilégié d’Allah. Il est donc noble et fils d’un noble, petit fils d’un noble, mais il a subi toutes sortes de préjudices. Quand on a demandé au Prophète Mohammad (BP sur lui) qui était la personne la plus noble, il a dit: “c’est la personne qui craint Allah le plus”, les gens lui ont dit que ce n’est pas à ce propos qu’ils posaient la question, le Prophète (BP sur lui) répondit : “Joseph, fils de Jacob, fils d’Isaac fils d’Abraham, il est alors prophète fils de prophète, fils de prophète fils de l’ami privilégié d’Allah.”

Un jour ‘Omar Ibn Al-Khattab passa devant un homme qui disait à un autre : “connais-tu qui je suis? Je suis tel, fils de tel et de tel …” Ils étaient tous parmi les hypocrites et les infidèles, mais ils étaient riches. Alors ‘Omar lui a dit : “ As-tu entendu parler de Joseph?”, Il a dit : “oui”. Omar a dit : “Connais-tu qui est son père? Il est prophète, fils de prophète et petit fils de prophète, toi tu es malfaiteur et fils de malfaiteurs, tu seras toi et ta famille en Enfer, le jour de la résurrection.”

Jacob avait onze (11) fils d’une épouse, Joseph et Benjamin d’une autre;  à ce propos, Allah (exalté soit-Il) dit –ce qui peut être traduit comme : “et aussi le soleil et la lune; je les ai vus prosternés devant moi » (TSC, Youssouf (Joseph) : 4). L’expression coranique désigne ici la mère par la lune et le père par le soleil, soit la forte lumière, la force, la science ; quant à la mère elle symbolise la tendresse alors sa lumière doit être douce.

Il a dit: “ mon père” [v] pour désigner la relation privée entre lui et son père, afin de montrer que ce fils avait un songe sublime et craignait que personne ne l’entende.

Dans le verset suivant, Allah (exalté soit-Il) dit –ce qui peut être traduit comme : “Ô mon fils, dit-il, ne raconte pas ta vision à tes frères… » (TSC, Youssouf (Joseph) : 5).

A ce point, il est clair que Jacob savait l’interprétation de ce songe, il a hérité cette capacité d’interpréter les songes de son grand-père Abraham et l’a transmise à son fils Joseph. Pourtant il n’a pas dévoilé l’interprétation à son fils pour le laisser subir le destin du Seigneur, il avait peur que son fils dépende d’un songe en attendant le résultat. C’est ainsi qu’apparaît la sagesse d’Allah lorsque Il a fait que le nombre d’interprètes de songes soit minime pour ne pas dépendre de ce qu’ils disent et ne pas travailler. Pendant l’ère du Prophète (BP sur lui), il interprétait lui même les songes, ainsi que Abou Bakr qui était un des hommes qui interprétaient le plus les songes. Avant l’Islam, Khaled Ibn Al Walid a vu qu’il était sur une terre étroite et qu’il est sorti vers une autre plus vaste ; l’interprétation d’Abou Bakr était que cette transition désignait le passage de la non croyance à l’Islam.

Le Prophète (BP sur lui) avait un songe très connu à propos de l’Expédition de “Ohod”, il a vu des vaches abattues, la pointe de son épée cassée et ses mains protégées par un fort bouclier. L’interprétation du Prophète était que ses compagnons allaient être abattus, la pointe de l’épée signifiait la mort d’un de ses parents en tant que martyr dans le combat et le bouclier, c’était Médine. Ce songe constitue un des songes les plus connus du Prophète.

Ibn Sirine était parmi les savants de la Oumma qui a brillé en matière d’interprétation des songes. Un homme vint lui dire qu’il se voyait appelant à la prière. Il était obéissant à Allah, alors Ibn Sirine lui dit qu’il ferait le pèlerinage cette année là. Un autre, désobéissant, lui a raconté le même songe, il lui a dit qu’il serait déshonoré entre les siens. Dans l’interprétation du premier songe, il s’était inspiré d’un verset du Coran où Allah (exalté soit-Il) dit –ce qui peut être traduit comme : “Et fais aux gens une annonce pour le Hajj [vi]» (TSC, Al Hajj (le pèlerinage) :27). Et pour ce qui est du désobéissant, il s’était inspiré du verset où Allah (exalté soit-Il) dit –ce qui peut être traduit comme : “…Ensuite un crieur annonça: “Caravaniers! Vous êtes des voleurs” » (TSC, Youssouf (Joseph) : 70). Cette science trouve ses outils dans le Coran et la Sunna et exige une présence d’esprit ainsi qu’une forte intelligence.

En expliquant le segment ‘…ne raconte pas ta vision…’, nous arrivons à la différence entre la vision qui signifie : ce que les yeux voient à l’éveil, et la vision du songe que l’on voit en dormant et qu’il faut cacher. Oui, si tu crains la ruse, l’envie et la reproche, il faut cacher ta vision de songe : Allah (exalté soit-Il) dit –ce qui peut être traduit comme : “Et quand au bienfait de ton Seigneur, proclame-le» (TSC, Ad-Doha (le jour montant) : 11). L’origine est de proclamer la vision du songe mais sans détails de peur qu’un ennemi n’use de sa ruse contre toi. Nous constatons ainsi que toute personne peut avoir une vision de songe : les dévoués et les non croyants (le songe d’Ibn Al Walid avant sa conversion à l’Islam), le grand et le petit.

Le Prophète (BP sur lui) a dit : “Il ne reste des prémices de prophétie après moi que le bon songe”, et il dit également : “Le bon songe est une part de 46 parts de la prophétie”. La mission du Prophète a duré 23 ans, elle a commencé par des songes qui ont duré presque 6 mois; six mois de 23 ans constituent une part des 46 parts. Dans un autre hadith : “le bon songe est une part de 50 parts de la prophétie”  et dans un autre elle constitue “une part de 70 parts” et également “une part de 40 parts”. Le degré de bienfaisance accroît ta part de la prophétie.

Un bon songe ne doit pas être rejeté, il se réalise, mais je vous mets en garde de le prendre comme base pour une loi religieuse. Le Prophète avait vu ses mains protégées par un fort bouclier, ce qui signifiait qu’il fallait rester à Médine, mais il existe une loi religieuse qui stipule la consultation. Après la consultation, l’avis était de sortir de Médine, le Prophète a alors donné la priorité à la consultation. Une loi religieuse ne peut jamais se fonder sur un songe.

Un événement très connu a eu lieu en 1978, lorsqu’un groupe de jeunes ont occupé par force le Haram à la Mecque. A cause de cela, la prière s’y est arrêtée, ce qui a obligé la police de les tuer. La raison de leur acte était qu’ils avaient tous eu un même songe: l’un d’eux est le Mahdi attendu et ils doivent occuper la Ka’ba. C’est pourquoi nous disons que le songe ne doit pas être pris pour une base de loi religieuse.

Quelle est la différence entre le songe, le rêve et les tours du démon ?

Le Prophète (BP sur lui) a dit qu’il existe trois catégories de songes : les épouvantes du démon pour chagriner l’homme, les songes en relation avec la vie quotidienne et enfin, ceux constituants une part de la prophétie. Tu peux par exemple, voir des choses étranges et irréelles comme tomber pour te transformer en poussins ou pigeons, ce sont alors des songes qui effraient. Al-Boukhari a dit qu’il voyait dans ses rêves les terreurs du démon et devenait malade pendant des jours jusqu’au jour où il entendit le récit d’Abou Qatada disant qu’il voyait en songes des terreurs du démon et devenait malade; alors il a raconté ceci au Prophète qui lui affirma : “Le bon songe provient d’Allah, et si vous voyez quelque chose qui vous plaît racontez-la aux personnes que vous aimez. Et si quelqu’un d’entre vous voit quelque chose qu’il n’aime pas, qu’il ne la raconte à personne et qu’il crache trois fois à sa gauche et se tourne vers l’autre côté, ce songe ne lui nuira pas.” Dans une autre version : “Il n’aura lieu que s’il en parle à quelqu’un .”

Les règles à tenir vis-à-vis des songes :

1.       Le songe est vu par l’adulte et l’enfant, l’obéissant et le désobéissant, il se réalise s’il n’y a pas de contradiction avec les lois religieuses.

2.       Si vous voyez quelque chose qui vous plaît, racontez-la à ceux que vous aimez, et si vous voyez ce que vous n’aimez pas, ne le racontez à personne, crachez à votre gauche et tournez-vous sur votre droite.

3.       Si vous voyez quelque chose qui implique une interprétation, cherchez un homme obéissant, connaissant, qui craint Allah pour l’interpréter.

Un homme est venu voir Ibn Sirine et lui a dit qu’il avait vu toutes ses dents tomber, un homme lui avait interprété ce songe en disant que tous ses parents mourront. Alors il s’est rendu chez Ibn Sirine chercher une autre interprétation. Ce dernier lui a dit qu’il vivra longtemps et qu’il sera le dernier de sa famille qui trouvera la mort, d’où apparaît la différence entre la bonne annonce et la répugnance.

Un enfant a vu le démon se présenter à un grand nombre de personnes leur disant qu’Allah vous a permis ce qu’il a prohibé. Le petit enfant a dit : “Tu es menteur. Non je jure qu’Allah n’a pas dit ceci”.  Le démon répondit “Alors on fait une course, si je te dépasse ces gens doivent me croire et si tu me dépasses, ils doivent te croire.” L’enfant l’a dépassé ; cet enfant est devenu un des grands savants de l’Islam. Ne demandez pas donc l’interprétation de toute chose, laissez-la à Allah, à Lui toute gloire, Seigneur de l’Univers.

Mettons nous donc d’accord pour apprendre cette partie de la sourate. La prochaine partie abordera la ruse à laquelle les frères de Joseph ont eu recours à son encontre.



[i] - TSC : Traduction des Sens du Coran. Cette traduction est celle du sens courant le plus connu jusqu'à présent de la sourate sus mentionnée. Lire la TSC ne remplace nullement sa lecture en arabe, la langue de révélation du saint Coran.

[ii] Al-Azize: titre de noblesse donné par le roi d’Egypte à cette époque à un grand fonctionnaire ou ministre.

[iii] - Les sourates 2, 3, 7, 10, 11, 12, 13, 14, 15, 19, 20, 26, 27, 28, 29, 30, 31, 32, 36, 38, 40, 41, 42, 43, 44, 45, 46, 50 et 68 commencent non pas par des mots, mais par des lettres de l’alphabet, détachées en n’ayant pas de sens particulier. Le Prophète lui-même ne semble pas avoir précisé leur signification, d’où d’innombrables interprétations suggérées par les commentateurs anciens et modernes. Laissons-les alors telles quelles

[iv] Note de la traduction : le terme “Assaf” signifie demander le pardon ou bien  regretter, “ta’assof” est une autre forme du terme, ayant le même radical  qui signifie demander pardon  ou être désolé.

[v] - dans le terme arabe la lettre "ى"  suffixée au aubstantif "أبت" a été omise pour désigner le rapprochement entre le père et le fils.

[vi] - le Hajj: le pèlerinage à la Mecque.